Un seul pays ou quatre nations ? Le Royaume-Uni et ses nations forment une union ancienne mais fragile : l’Angleterre, l’Écosse, le pays de Galles et l’Irlande du Nord partagent un État, une monnaie et un passeport, tout en affirmant des identités très fortes. Dévolution, référendum écossais, Brexit : voici les repères pour comprendre pourquoi l’unité du royaume fait débat.
Le Royaume-Uni et ses nations : bien nommer les choses
Le nom officiel est the United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland, abrégé the UK. Les confusions sont fréquentes, même chez les francophones :
| Terme | Ce qu’il désigne |
|---|---|
| England | l’Angleterre seule, la nation la plus peuplée (environ 84 % des habitants) |
| Great Britain | l’île principale : Angleterre, Écosse, pays de Galles |
| the United Kingdom | Great Britain + Northern Ireland : l’État souverain |
| the British Isles | ensemble géographique incluant aussi la république d’Irlande |
Dire English pour parler d’un Écossais ou d’un Gallois est une erreur, souvent mal vécue. On dit British pour tout le royaume, ou Scottish, Welsh, Northern Irish. Un habitant de l’Écosse est a Scot ; on évite Scotch, réservé au whisky.
Une union construite par étapes
- XVIe siècle : le pays de Galles est rattaché à l’Angleterre par les Laws in Wales Acts (1536-1543).
- 1707 : Acts of Union entre l’Angleterre et l’Écosse, naissance du royaume de Grande-Bretagne.
- 1801 : union avec l’Irlande, création du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande.
- 1922 : l’essentiel de l’Irlande devient indépendant ; six comtés du nord restent dans le royaume.
La dévolution : partager le pouvoir
La devolution est le transfert de certains pouvoirs du Parlement de Westminster vers des assemblées régionales. Ce n’est pas un fédéralisme : Westminster reste souverain et pourrait, en théorie, reprendre ces pouvoirs.
En 1997, le gouvernement travailliste de Tony Blair organise des référendums en Écosse et au pays de Galles. Le Scottish Parliament et l’assemblée galloise (aujourd’hui le Senedd) ouvrent en 1999. En Irlande du Nord, l’assemblée de Stormont naît de l’accord du Vendredi saint (Good Friday Agreement, 10 avril 1998), qui met fin à trente ans de violences, les Troubles, entre unionists (attachés au Royaume-Uni, surtout protestants) et nationalists (favorables à une Irlande réunifiée, surtout catholiques). Chaque gouvernement dévolu est dirigé par un First Minister.
L’Angleterre, elle, n’a pas de parlement propre : les députés écossais votent à Westminster sur des lois qui ne concernent que l’Angleterre. On appelle ce paradoxe la West Lothian question.
- devolution, devolved powers : la dévolution, les compétences dévolues
- reserved matters : les domaines réservés à Westminster
- self-government, home rule : l’autonomie
- independence, to break away from : l’indépendance, se séparer de
- a nation / a nationalist / a unionist : une nation / un nationaliste / un unioniste
- a minority language : une langue minoritaire (Welsh, Scottish Gaelic, Irish)
Le référendum écossais de 2014
Porté par le Scottish National Party (SNP) d’Alex Salmond, un référendum d’indépendance a lieu le 18 septembre 2014. La question est simple : Should Scotland be an independent country? Pour la première fois dans un scrutin national britannique, les jeunes de 16 et 17 ans peuvent voter.
| Campagne | Arguments | Résultat |
|---|---|---|
| Yes Scotland | décider pour soi, le pétrole de la mer du Nord, une politique plus sociale | 44,7 % |
| Better Together | la livre sterling, la sécurité économique, l’appartenance à l’UE garantie par le Royaume-Uni | 55,3 % |
Avec une participation record de près de 85 % (turnout), le « non » l’emporte. Le débat semble clos for a generation, selon l’expression des deux camps. Deux ans plus tard, le Brexit le rouvre.
Le Brexit et l’unité du royaume
Le 23 juin 2016, le Royaume-Uni vote à 51,9 % pour quitter l’Union européenne ; la sortie devient effective le 31 janvier 2020. Mais les nations ont voté très différemment :
| Nation | Leave | Remain |
|---|---|---|
| England | 53,4 % | 46,6 % |
| Wales | 52,5 % | 47,5 % |
| Scotland | 38,0 % | 62,0 % |
| Northern Ireland | 44,2 % | 55,8 % |
- En Écosse, les indépendantistes estiment que le pays a été sorti de l’UE contre sa volonté et réclament un second référendum (indyref2). En 2022, la Cour suprême britannique a jugé que le Parlement écossais ne pouvait pas l’organiser seul, sans l’accord de Westminster.
- En Irlande du Nord, l’accord du Vendredi saint exige une frontière ouverte avec la république d’Irlande. Les contrôles ont donc été déplacés en mer d’Irlande, ce qui a irrité les unionistes, qui se sentent éloignés du reste du royaume. Le Windsor Framework (2023) a assoupli ce dispositif.
Scotland voted to remain, yet it was taken out of the EU. (L’Écosse a voté pour rester, et pourtant elle a été sortie de l’UE.)
Brexit has put the Union under strain. (Le Brexit a mis l’Union sous tension.)
Many Scots feel Scottish first and British second. (Beaucoup d’Écossais se sentent d’abord écossais, ensuite britanniques.)
Trois dates, trois fissures : 1998 (paix et dévolution), 2014 (l’Écosse dit non à l’indépendance), 2016 (le Brexit relance la question). À l’oral, parlez de a union of nations plutôt que d’un pays uniforme.
L’essentiel à retenir
- UK = Angleterre, Écosse, pays de Galles, Irlande du Nord ; Great Britain exclut l’Irlande du Nord.
- La dévolution (1998-1999) donne des parlements à Édimbourg, Cardiff et Belfast ; l’Angleterre n’en a pas.
- Le référendum écossais de 2014 : 55,3 % de non, vote à 16 ans, participation record.
- Le Brexit divise : l’Écosse et l’Irlande du Nord ont voté Remain, d’où la relance de l’indépendance et la question de la frontière irlandaise.
- On dit British, Scottish, Welsh, jamais English pour tout le monde.

