Le passé dans le présent ne s’efface jamais tout à fait : il se lit dans une peinture aborigène, se discute devant une commission de vérité, se dispute au pied d’une statue. Cet axe montre comment l’Australie, l’Afrique du Sud, le Canada ou le Royaume-Uni regardent leur histoire en face, et te donne les mots pour en parler en anglais avec nuance.
Le passé dans le présent : mémoire et héritage
Un pays ne se contente pas d’avoir une histoire : il choisit ce qu’il en garde. La memory (mémoire collective) passe par les commémorations, les musées, les manuels, les noms de rues. Mais certains épisodes ont longtemps été passés sous silence : la colonisation, l’esclavage, la ségrégation. Depuis quelques décennies, les sociétés anglophones cherchent à come to terms with the past, c’est-à-dire à assumer leur passé.
heritage : le patrimoine, l’héritage · to remember / to commemorate : se souvenir / commémorer · a memorial : un monument commémoratif · to acknowledge : reconnaître · a wrong : une injustice · to apologise for : s’excuser de · to heal : guérir, apaiser · a legacy : un héritage, des séquelles.
You cannot change the past, but you can change the way you remember it. (On ne peut pas changer le passé, mais on peut changer la façon de s’en souvenir.)
La culture aborigène : la plus ancienne culture vivante
Les Aboriginal and Torres Strait Islander peoples vivent en Australie depuis au moins 60 000 ans : c’est l’une des plus anciennes cultures continues du monde. Ils forment des centaines de peuples (nations) qui parlaient plus de 250 langues avant l’arrivée des Britanniques. On parle aujourd’hui de First Nations ou d’Indigenous Australians.
Au cœur de cette culture se trouve the Dreaming (souvent traduit par « le Temps du rêve ») : un ensemble de récits qui expliquent la création du monde par des êtres ancestraux et fixent les lois, les liens familiaux et le rapport à la terre. Les songlines, chants qui décrivent des itinéraires à travers le pays, servent à la fois de carte, de mémoire et de loi. La terre, Country, n’est pas une propriété : on lui appartient.
L’art en est l’expression la plus connue. La dot painting (peinture à points), née en 1971 dans la communauté de Papunya, transpose sur toile des motifs autrefois tracés dans le sable ou sur le corps. Uluru, le grand rocher rouge du centre de l’Australie, est un site sacré pour le peuple Anangu : il leur a été restitué en 1985, et l’ascension du rocher est interdite depuis 2019.
Le mot Aborigines est aujourd’hui jugé maladroit. Écris plutôt Aboriginal people, Indigenous Australians ou First Nations people, avec une majuscule.
Une histoire douloureuse
En 1788, la flotte britannique s’installe à Sydney. Les colons considèrent la terre comme terra nullius, « terre n’appartenant à personne ». Maladies, violences et dépossession font chuter la population autochtone. Au XXe siècle, des milliers d’enfants sont retirés à leur famille pour être assimilés : on les appelle les Stolen Generations.
Le référendum de 1967 permet enfin de compter les Aborigènes dans le recensement national. En 1992, l’arrêt Mabo rejette l’idée de terra nullius et reconnaît des droits fonciers autochtones. Le 13 février 2008, le Premier ministre Kevin Rudd présente au Parlement des excuses officielles (the National Apology) aux Stolen Generations. En revanche, en 2023, les Australiens ont rejeté par référendum la création d’une Voice, un organe consultatif autochtone auprès du Parlement : le débat reste vif.
Les commissions de vérité et de réconciliation
Comment une société peut-elle vivre ensemble après des crimes massifs ? Plusieurs pays ont créé des Truth and Reconciliation Commissions (TRC). Leur principe : établir publiquement la vérité, écouter les victimes, reconnaître les responsabilités, plutôt que seulement punir.
| Pays | Dates | Ce qu’elle examine |
|---|---|---|
| Afrique du Sud | 1996-1998 | Les violences de l’apartheid ; présidée par l’archevêque Desmond Tutu. Des auteurs pouvaient obtenir une amnistie en avouant toute la vérité. |
| Canada | 2008-2015 | Les residential schools, pensionnats où plus de 150 000 enfants autochtones ont été placés de force ; 94 « appels à l’action ». |
| Australie | 1995-1997 | L’enquête nationale Bringing Them Home sur les Stolen Generations, qui a conduit à la création du National Sorry Day (26 mai). |
The commission gave victims a chance to tell their stories in public. (La commission a donné aux victimes l’occasion de raconter leur histoire en public.)
Reconciliation does not mean forgetting; it means facing the truth together. (Se réconcilier ne veut pas dire oublier ; cela veut dire regarder la vérité ensemble.)
Monuments et statues : que faire des héros d’hier ?
Les statues racontent qui une société a voulu honorer. Mais certaines célèbrent des hommes liés à l’esclavage ou à la colonisation. Le 7 juin 2020, lors des manifestations Black Lives Matter, la statue d’Edward Colston, marchand d’esclaves du XVIIe siècle, est déboulonnée à Bristol et jetée dans le port ; elle est aujourd’hui exposée, couchée et taguée, dans un musée de la ville. En Afrique du Sud, le mouvement Rhodes Must Fall obtient en 2015 le retrait de la statue de Cecil Rhodes à l’université du Cap. Aux États-Unis, de nombreuses statues de généraux confédérés ont été retirées.
Le débat oppose plusieurs positions, que tu dois savoir exprimer :
- Statues should be taken down: they honour people who caused suffering. (Il faut les retirer : elles honorent des gens qui ont causé des souffrances.)
- Removing statues erases history. (Les retirer efface l’histoire.)
- They should be moved to museums and explained. (Il faut les placer dans des musées et les expliquer.)
- A plaque could add context to the statue. (Une plaque pourrait remettre la statue en contexte.)
to tear down / to topple : abattre, déboulonner · to take down / to remove : retirer · to erect a statue : ériger une statue · a plinth : un socle · a slave trader : un marchand d’esclaves · to rewrite history : réécrire l’histoire · controversial : controversé.
La langue pour parler du passé
Prétérit pour les faits datés : The statue was toppled in 2020.
Present perfect pour un passé qui a des conséquences aujourd’hui : Australia has apologised, but many wounds have not healed.
Passif pour insister sur les victimes : Thousands of children were taken from their families.
Should / should have + participe passé pour juger : The government should have listened earlier. (Le gouvernement aurait dû écouter plus tôt.)
Remember ne prend pas de « me » : on dit I remember the day, jamais I remember me. To apologise for something se construit avec for, et history (l’histoire étudiée) ne doit pas être confondu avec story (un récit).
L’essentiel à retenir
- Les sociétés anglophones cherchent à come to terms with the past : reconnaître, réparer, se souvenir.
- La culture aborigène : 60 000 ans, the Dreaming, songlines, dot painting, Uluru restitué en 1985.
- Repères australiens : 1788, Stolen Generations, Mabo (1992), National Apology (2008), référendum Voice rejeté (2023).
- Les Truth and Reconciliation Commissions : Afrique du Sud (Desmond Tutu), Canada (residential schools).
- Les statues contestées : Colston à Bristol (2020), Rhodes Must Fall (2015) ; retirer, garder ou expliquer.
- Outils : prétérit, present perfect, passif, should have + participe passé.

