L’homme et la nature entretiennent dans le monde anglophone une relation passionnée et contradictoire : les Américains ont inventé le parc national, mais aussi exterminé le bison ; les poètes anglais ont célébré les jonquilles pendant que les usines noircissaient le ciel. Ce cours croise trois regards : protéger la nature, la subir quand elle se déchaîne, et la représenter comme quelque chose de sacré.
L’homme et la nature : protéger la wilderness
Pour les premiers colons, la wilderness (la nature sauvage, non domestiquée) était un territoire hostile à défricher. Au XIXe siècle, la conquête de l’Ouest fait reculer cette frontière à toute vitesse : forêts abattues, prairies labourées, troupeaux de bisons (bison, souvent appelés buffalo) massacrés. On passe de dizaines de millions d’animaux à moins d’un millier vers 1890.
C’est dans ce contexte que naît une idée nouvelle : mettre la nature à l’abri des hommes.
- 1872 : le président Ulysses S. Grant signe la création de Yellowstone, le premier parc national du monde (the world’s first national park), à cheval sur le Wyoming, le Montana et l’Idaho. Ses geysers, comme Old Faithful, et ses sources chaudes multicolores fascinent.
- John Muir, naturaliste d’origine écossaise, défend Yosemite et fonde le Sierra Club en 1892. Pour lui, la nature a une valeur en soi : c’est la préservation (preservation).
- Theodore Roosevelt (président de 1901 à 1909) protège des millions d’hectares, mais défend plutôt la conservation : utiliser les ressources avec sagesse, pour les générations futures.
- 1916 : création du National Park Service, chargé des parcs. Ses gardes sont les park rangers.
Preservation : laisser la nature intacte, pour elle-même. Conservation : gérer la nature de façon durable, en l’utilisant. Le débat Muir / Roosevelt (ou Muir / Gifford Pinchot) structure encore aujourd’hui l’écologie américaine.
Les parcs n’étaient pas des terres vides. Les Shoshone, les Crow et d’autres nations amérindiennes vivaient, chassaient ou circulaient à Yellowstone ; ils en ont été écartés. Aujourd’hui, des historiens parlent d’une wilderness en partie fabriquée, et certains parcs associent davantage les Peuples premiers à leur gestion.
Yellowstone, un laboratoire écologique
En 1995, des loups gris (grey wolves, gray wolves en américain) sont réintroduits à Yellowstone, soixante-dix ans après leur disparition. L’effet dépasse les prévisions : c’est une cascade trophique (a trophic cascade).
Les loups chassent les wapitis (elk), qui cessent de stationner au bord des rivières. Les saules (willows) repoussent, les castors (beavers) reviennent et construisent des barrages, et les berges se stabilisent. Les scientifiques débattent de l’ampleur exacte de l’effet, mais l’exemple est devenu un symbole du rewilding (le réensauvagement). Les éleveurs voisins, eux, s’inquiètent pour leur bétail : protéger la nature crée aussi des conflits.
Yellowstone was established as a national park in 1872. (Yellowstone a été créé en tant que parc national en 1872.)
Bison were hunted almost to extinction. (Les bisons ont été chassés jusqu’au bord de l’extinction.)
The return of wolves triggered a chain reaction. (Le retour des loups a déclenché une réaction en chaîne.)
Quand la nature se déchaîne : les événements extrêmes
L’homme ne domine pas toujours la nature. Les pays anglophones sont exposés à des événements météorologiques extrêmes (extreme weather events), que le changement climatique rend plus fréquents ou plus intenses.
| Événement | En anglais | Exemple |
|---|---|---|
| Tempête de poussière, sécheresse | dust storm, drought | le Dust Bowl, Grandes Plaines, années 1930 |
| Ouragan, inondation | hurricane, flood | Katrina, La Nouvelle-Orléans, 2005 |
| Feux de forêt | wildfires, bushfires | Californie ; le Black Summer australien, 2019-2020 |
| Tornade | tornado, twister | la Tornado Alley, centre des États-Unis |
| Canicule | heatwave | record de 40 °C au Royaume-Uni en 2022 |
Le Dust Bowl : une catastrophe d’origine humaine
Dans les années 1930, les fermiers des Grandes Plaines ont labouré la prairie qui retenait le sol. Lorsque la sécheresse arrive, le vent emporte la terre en immenses black blizzards. Des centaines de milliers de familles migrent vers la Californie. John Steinbeck en tire The Grapes of Wrath (1939), et la photographe Dorothea Lange immortalise une mère épuisée dans Migrant Mother (1936).
Katrina : une catastrophe sociale
En 2005, l’ouragan Katrina rompt les digues (levees) de La Nouvelle-Orléans : environ 80 % de la ville est inondée et plus de 1 800 personnes meurent dans la région. Les quartiers pauvres et majoritairement noirs sont les plus touchés, ce qui révèle que la vulnérabilité face à la nature est aussi une question d’inégalités.
to strike / to hit : frapper · to wipe out : anéantir · to flee (fled, fled) : fuir · to evacuate : évacuer · a shelter : un abri · the aftermath : les suites (d’une catastrophe) · resilience : la résilience · a natural disaster : une catastrophe naturelle · man-made : causé par l’homme · endangered species : espèce menacée · habitat loss : la destruction des habitats.
La nature sacrée dans l’art et la pensée
Au XIXe siècle, en réaction à l’industrialisation, la nature devient un lieu presque religieux.
- En Angleterre, les poètes romantiques célèbrent le Lake District. William Wordsworth écrit I wandered lonely as a cloud (1807), où un champ de jonquilles (daffodils) console le poète.
- Aux États-Unis, Ralph Waldo Emerson (Nature, 1836) et Henry David Thoreau (Walden, 1854) voient dans la nature un chemin vers la vérité intérieure : c’est le transcendantalisme. Thoreau vit deux ans dans une cabane au bord d’un étang.
- Les peintres de l’Hudson River School (Thomas Cole, Albert Bierstadt) peignent des paysages grandioses baignés de lumière divine. Les tableaux de Thomas Moran sur Yellowstone ont aidé à convaincre le Congrès de créer le parc en 1872 : l’art a servi la protection.
- Au XXe siècle, les photographies en noir et blanc d’Ansel Adams font de Yosemite une icône.
- Pour de nombreux peuples autochtones, la terre est sacrée et parente des hommes. En Australie, le rocher d’Uluru appartient aux Anangu, et son ascension est interdite depuis 2019 par respect pour ce lieu sacré.
In wildness is the preservation of the world. (Thoreau) (C’est dans l’état sauvage que réside la préservation du monde.)
Exprimer cause et conséquence
Parler de nature, c’est enchaîner des causes et des effets. Varie tes connecteurs.
| Cause | Conséquence |
|---|---|
| because of / due to / owing to + nom | as a result, consequently, therefore |
| since / as + proposition | which led to / which resulted in + nom |
| to be caused by | to trigger, to bring about |
Due to overgrazing and drought, the soil blew away. As a result, thousands of families fled west. (À cause du surpâturage et de la sécheresse, le sol s’est envolé. En conséquence, des milliers de familles ont fui vers l’ouest.)
Nature au sens général s’emploie sans article : We must protect nature. Due to est suivi d’un nom, pas d’une proposition : on dit due to the drought, mais because it was dry. Enfin, bison, elk et deer sont invariables au pluriel.
L’essentiel à retenir
- 1872 : Yellowstone, premier parc national ; Muir (preservation) contre Roosevelt (conservation) ; les Amérindiens écartés des parcs.
- 1995 : retour des loups, cascade trophique, symbole du rewilding.
- Événements extrêmes : Dust Bowl (années 1930), Katrina (2005), feux australiens (2019-2020) ; la catastrophe naturelle est aussi sociale.
- Nature sacrée : Wordsworth, Thoreau et Emerson, l’Hudson River School, Moran, Ansel Adams, Uluru.
- Outils : due to, as a result, which led to, to trigger ; nature sans article.

