Les aires anglophones américaines ne se limitent pas aux États-Unis et au Canada vus depuis New York ou Toronto. L’anglais se parle aussi sous les palmiers de la Jamaïque, il partage Porto Rico avec l’espagnol, et il relie deux métropoles du Pacifique, Vancouver et Seattle, que sépare une simple frontière. Trois terrains, trois histoires coloniales, trois façons de vivre une identité anglophone.
Les aires anglophones américaines : la Caraïbe anglophone
La Caraïbe anglophone (the English-speaking Caribbean, ou the West Indies) rassemble d’anciennes colonies britanniques : la Jamaïque, Trinité-et-Tobago, la Barbade, les Bahamas, et sur le continent le Belize et le Guyana. Leur histoire est marquée par les plantations de canne à sucre et la traite des esclaves (the slave trade) : la majorité de la population descend d’Africains déportés. L’esclavage est aboli dans l’Empire britannique en 1833-1834.
L’indépendance et l’héritage britannique
- 1962 : indépendance de la Jamaïque (6 août) et de Trinité-et-Tobago.
- 1966 : indépendance de la Barbade, qui devient une république en 2021 et cesse d’avoir le monarque britannique pour chef d’État. La Jamaïque débat d’en faire autant.
- 1973 : création de la CARICOM, communauté économique des pays caribéens.
Ces pays restent membres du Commonwealth. On y joue au cricket : l’équipe des West Indies réunit les joueurs de plusieurs îles, ce qui en fait un symbole d’unité régionale.
Des cultures qui ont conquis le monde
La Jamaïque, petit pays d’environ trois millions d’habitants, a une influence culturelle immense. Le reggae, porté par Bob Marley dans les années 1970, parle de liberté, de spiritualité rastafari et d’Afrique. Les sound systems, ces murs d’enceintes installés dans la rue, ont inspiré le hip-hop new-yorkais (DJ Kool Herc était d’origine jamaïcaine) et la culture des DJ. Trinité-et-Tobago a donné au monde le calypso, la soca et le steelpan, instrument fabriqué à partir de bidons de pétrole. Son carnaval a inspiré celui de Notting Hill à Londres, né dans les années 1960 au sein de la communauté caribéenne.
À côté de l’anglais officiel, la plupart des Jamaïcains parlent le patois (Jamaican Creole), né de l’anglais et des langues africaines. Quelques expressions : Wah gwaan? (Quoi de neuf ?) · Mi soon come. (Je reviens bientôt.) · Likkle more! (À plus tard !) · Irie (cool, tout va bien). Ce n’est pas de l’anglais « mal parlé » : c’est une langue avec ses propres règles.
Porto Rico, un 51e État ?
Porto Rico (Puerto Rico) est une île des Grandes Antilles d’environ 3,2 millions d’habitants. Colonie espagnole pendant quatre siècles, elle est cédée aux États-Unis en 1898, après la guerre hispano-américaine.
| Question | Réponse |
|---|---|
| Statut | an unincorporated territory ; en espagnol Estado Libre Asociado, en anglais Commonwealth (depuis 1952) |
| Citoyenneté | Les Portoricains sont citoyens américains depuis 1917 (Jones Act). |
| Vote | Ils ne votent pas à l’élection présidentielle tant qu’ils vivent sur l’île ; ils n’ont au Congrès qu’un délégué sans droit de vote (Resident Commissioner). |
| Langues | Espagnol et anglais officiels ; l’espagnol domine dans la vie quotidienne. |
| Diaspora | Plus de Portoricains vivent sur le continent (New York, Floride) que sur l’île. |
D’où un débat récurrent : faut-il faire de Porto Rico le 51e État (the 51st state), choisir l’indépendance, ou garder le statut actuel ? Plusieurs référendums non contraignants (2012, 2017, 2020, 2024) ont donné l’avantage au statut d’État (statehood), mais la participation a parfois été faible, et seul le Congrès peut admettre un nouvel État. Or l’enjeu est politique : un nouvel État élirait deux sénateurs.
En 2017, l’ouragan Maria dévaste l’île et prive d’électricité des centaines de milliers de foyers pendant des mois ; des études estiment le nombre de morts à près de 3 000. La lenteur de l’aide fédérale renforce le sentiment d’être des second-class citizens (citoyens de seconde zone).
Puerto Rico could either become a state or remain a territory. (Porto Rico pourrait soit devenir un État, soit rester un territoire.) · Should it join the Union or break away? (Doit-il rejoindre l’Union ou s’en détacher ?) · Statehood supporters argue that…, whereas pro-independence activists believe that…
Vancouver et Seattle : le Nord-Ouest du Pacifique
De part et d’autre du 49e parallèle, qui sert de frontière entre le Canada et les États-Unis, Vancouver (Colombie-Britannique) et Seattle (État de Washington) ne sont distantes que d’environ 200 kilomètres. On parle du Pacific Northwest, parfois de Cascadia : une région unie par le même climat pluvieux, les forêts, les montagnes et le Pacifique.
| Vancouver | Seattle | |
|---|---|---|
| Pays, province / État | Canada, British Columbia | USA, Washington State |
| Économie | port, cinéma et séries (Hollywood North), tourisme | Boeing, Microsoft, Amazon, Starbucks (né en 1971) |
| Culture | ville très multiculturelle, forte diaspora asiatique ; JO d’hiver 2010 | berceau du grunge (Nirvana, Pearl Jam) ; Space Needle |
| Peuples premiers | terres des Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh ; mâts totémiques de Stanley Park | la ville porte le nom du chef Si’ahl, des Duwamish et des Suquamish |
| Défi commun | logements hors de prix, sans-abrisme, crise des opioïdes | |
Les deux villes illustrent les différences entre anglais canadien et anglais américain. Le Canada garde souvent l’orthographe britannique (colour, centre, travelling) mais emploie un vocabulaire proche de l’américain (truck, apartment). Les Canadiens disent volontiers eh? en fin de phrase et comptent en kilomètres, les Américains en miles.
Unlike Seattle, Vancouver uses the metric system. (Contrairement à Seattle, Vancouver utilise le système métrique.)
Both cities are surrounded by mountains and sea. (Les deux villes sont entourées de montagnes et de mer.)
While Seattle is a tech hub, Vancouver is known as Hollywood North. (Alors que Seattle est un pôle technologique, Vancouver est surnommée le Hollywood du Nord.)
Comparer trois aires anglophones
Pour un oral ou un essai, la force du sujet est la comparaison. Voici les outils et un fil conducteur.
Ressemblance : both… and…, similarly, likewise, just like. Différence : whereas, while, unlike, on the contrary, in contrast. Nuance : to some extent, in a way, even though.
Fil conducteur possible : To what extent does speaking English unite these territories? Toutes ces aires ont été façonnées par la colonisation britannique ou par l’expansion américaine, mais chacune a construit une identité propre : créole et reggae aux Caraïbes, bilinguisme et statut ambigu à Porto Rico, frontière ouverte mais bien réelle en Cascadia.
On écrit Puerto Rico et Puerto Rican, pas Porto Rico. Caribbean se prononce /ˌkærɪˈbiːən/ en britannique, souvent /kəˈrɪbiən/ en américain. Les noms de nationalité prennent une majuscule : Jamaican, Canadian. Enfin, the West Indies (les Antilles) n’a rien à voir avec l’Inde : le nom vient de l’erreur de Christophe Colomb.
L’essentiel à retenir
- Caraïbe anglophone : héritage des plantations et de l’esclavage, indépendances dans les années 1960, Commonwealth, CARICOM (1973) ; Barbade république en 2021.
- Rayonnement culturel : reggae, Bob Marley, sound systems, calypso, steelpan, carnaval de Notting Hill ; le patois jamaïcain est une langue.
- Porto Rico : américain depuis 1898, citoyens depuis 1917, pas de vote présidentiel sur l’île ; débat sur le statehood ; ouragan Maria (2017).
- Vancouver et Seattle : Cascadia, 49e parallèle, tech contre Hollywood North, Peuples premiers, crise du logement.
- Outils : both, whereas, while, unlike, either… or…

